Les P'tiZZamis de Jazz360

Normalement, je ne devrais pas trop aimer Stacey Kent…
Trop sage, trop belle, presque trop parfaite et l’air si aimable et riant…
Moi, j’aime le jazz quand il pulse, qu’il est un peu incorrect, à la limite, pas trop clean, qu’il va chercher du côté du rock, de l’impro, de l’incongru, du surprenant. La dernière chanteuse en date qui m'a littéralement scotchée c'était il n'y a pas longtemps Sarah Mac Coy, voix de titan, piano délirant pleine de douleurs enragées… C’est dire !
Rien de tout cela vraiment chez Stacey Kent. Pas de quoi tournebouler les dièses et décoiffer les bémols. Rien d'extravagant, pas de prise de risque, pas d'impro.
Les arrangements sont millimétrés, les notes bleues et limpides et les rythmes de bossa nova souples, omniprésents. Du classique dans les choix musicaux (La javanaise, Ne me quitte pas, The shadow of your smile, Le printemps, Les eaux de Mars, Black bird), du classique dans les arrangements, du classique dans les échanges du trio, un piano bien clair, un saxo rond mais sans effets particuliers.
Des morceaux bien connus et quelques nouveautés, notamment des titres de Jim Tomlinson avec des paroles de Kazuo Ishiguro.
Comme d'habitude, elle chante aussi bien en anglais qu'en français avec un délicieux accent américain. Et une excellente connaissance de notre langue.

Voici une soirée qui fut à la fois délicieuse et légère mais aussi grave et nostalgique. Les spectateurs /auditeurs en sont ressortis certes heureux et réconfortés mais aussi bien plus denses. Un peu pensifs aussi.
Trois magi-musiciens, complices et différents, complémentaires et éclectiques ont fusionné leurs talents d'interprètes et d'improvisateurs pour servir les mots, la poésie et le swing de Charles Trenet. Ce n'est pas le premier hommage qui lui est fait certes, on connaît celui d'Higelin par exemple mais c'en est un bien beau, passionné, subtil et délicat. Ils nous l'ont donné à entendre, à déguster et redécouvrir en une vingtaine de morceaux.
Charles Trenet, chanteur, musicien et poète, auteur d'une centaine de chansons au bas mot, fait partie du patrimoine musical de chacun d'entre nous. Ses mélodies ont accompagné nos souvenirs, nos paysages et nos émotions. Elles font partie de nous, on les fredonne, on en connaît les paroles, par bribes ou en entier. On les a oubliées, elles se sont endormies mais elles reviennent toujours. Son monde, son imaginaire distillent un répertoire présent dans l’inconscient collectif, un monde suranné peut-être à l'heure de l'intelligence artificielles et des autoroutes. Mais avec ce « troubadour chantant, sur un air d'harmonium, les méfaits du printemps » (dixit Claude Nougaro), le rire grinçant, l'incident surréaliste et décalé ou le chagrin d’enfance peuvent surgir au détour d’un sentier fleuri. Et ça nous parle.

La deuxième partie avec Tiken Ja Fakoli s'annonce tout aussi forte. Avec sa farouche volonté de continuer à éveiller les consciences et à transmettre des messages à travers ses textes émancipateurs, l’incroyable chanteur ivoirien est, on le sait bien, une bombe sans retardement ! !
Il va largement le prouver, pour notre plus grand plaisir.
Avec lui pas de fioritures, d'atmosphères pesantes et de sous-entendus légers. Le tenant du reggae roots panafricain s'éclate dans des prestations scéniques tonitruantes, avec une capacité à mobiliser des milliers de spectateurs. La rébellion rastafari a depuis longtemps trouvé en lui son plus efficace émissaire !
C'est du puissant, du syncopé, du joyeux, de l'insolent. Qu'avec vigueur, tant de choses sont dites et dans de vérités envoyées direct dans les dents ! !

Ce soir au chapiteau de Jazz in Marciac, l'ambiance est à la musique africaine avec deux de ses représentants majeurs, à la fois dissemblables et complémentaires, mais tous deux dans la résistance et la mémoire de leurs peuples, mélangeant modernité et tradition, héritage et combat.
Salif Keita assure cette première partie. Descendant de princes guerriers, fils de deux parents africains noirs, Salif Keita, le pionnier de l’afro-pop, est né « blanc ». Et c 'est d'abord contre les siens qu'il lui a fallu se battre; contre l’ostracisme envers les albinos, victimes de meurtres rituels dans certaines régions d’Afrique et contre sa famille aussi puisque héritier des grands princes mandingues, il lui était interdit de faire de la musique.

Voici donc NUBU, acronyme de Nahash Urban Brass Unit, lauréat Jazz Migration 2024.
"Attention" m'avait-t-on dit... "Groupe atypique..."
Au premier regard rien de bien différent pourtant : une section rythmique classique (contrebasse et batterie) une chanteuse blonde (ah le cliché) et deux soufflants...
Atypique vous avez dit, bof, je ne vois pas...
Mais en y regardant de plus prêt, la batterie n'a pas vraiment de grosse caisse mais un gros tambour debout, un tom fait de peau simple et une caisse en bois qui sonne...

« Maîtrise parfaite de l’instrument, un son puissant et précis, une approche harmonique élégante, bien enracinée dans la tradition du jazz et pourtant résolument moderne, un phrasé exubérant et racé, posé sur le groove avec une précision d’orfèvre… Ce garçon a tout du jeune lion », voilà les mots de Giovanni Mirabassi, directeur du label Jazz Eleven. On fait pire comme compliment..
Et il faut dire que Mark Priore et son piano impressionnent. Il présente ce soir son album Initio accompagné de deux beaux instrumentistes Juan Villarroel à la contrebasse et Élie Martin-Charrière à la batterie, tous les deux parfaitement à l'écoute, qui vont offrir un écrin complice et dense à ses compositions.