daoud

L'Astrada, Marciac, mercredi 22 juillet 2026

Chronique d'Annie Robert

daoud. Photographie : Tanguy Delavet
daoud. Photographie : Tanguy Delavet

Si vous avez un soupçon de lassitude, une once de désenchantement, une pinte d’écoute floue, quelques kilos de misanthropie musicale, ou de je m’enfoustisme de spectateur blasé ; si vous vous sentez illégitime de venir écouter du jazz « musique de vieux », que la techno nourrie à l’IA ne vous dérange plus, que la musique d’ascenseur vous repose, alors daoud (sans majuscule mais en majesté est un remède à la hauteur.

Atypique, énergique, sans ambages et sans filtres, il peut sembler simplement provocateur, facilement rentre-dedans, frontal et plus près du show- man que du musicien… (Bon, ça nous change un peu des musiciens pénétrés par leur talent, nourris des codes supposés du jazz même s’ils explorent aussi à leur façon...)

Le gars bouscule.

Mais daoud, sous son apparente légèreté, sa dégaine décalée, sous sa tchache, son amour du vanage du public, son exploration des marges, a d’abord un talent d’enfer, une brillance folle dans sa trompette et une philosophie de la musique réjouissante. Il la veut ouverte à tous et à chacun. Cela n’a rien d’une rébellion enfantine, d’une crise d’adolescence ou d’un opportunisme froid, mais d’une véritable envie d’aller voir autrement, de faire de la scène autrement.

Autour de lui une batterie de haut vol (Quentin Braine), une contrebasse magnifique (Louis Navarro) et un claviériste inventif (Thomas Perrier).

Pulsation des coronaires, trompette claire et parlante. Ça s’engage, ça chante, ça folâtre, s’échappe, se contorsionne, s’enfuit en dansant, tape sur les baguettes, tire sur les cordes.

L'Astrada, Scène conventionnée { 53, Chemin de Ronde - 32230 Marciac Google Maps • 09 64 47 32 29 Appeler }
L'Astrada - 53 chemin de ronde - 32230 Marciac. Photographie : D.R.

On sent bien qu’il aime frôler les marges du chaos mais la considération forte pour le public qui vient le voir, fait que jamais il ne le perd, jamais il ne le lâche, même si des fois, le public en question doit se sentir un peu en suspension au dessus du vide. Avec des atmosphères changeantes et renouvelées, de la douceur à la danse, de la caresse à la transe, de la délicatesse de la fleur coupée à la course urbaine, de l’étale à la tempête, on se retrouve dans un concert peu classable mais du coup, on s’en fout !!

Entre trois notes de la pêche aux moules (!), ou une impro sur « Strasbourg-Saint-Denis » de Roy Hargrove « pour faire genre, on se fait une impro jazz puisqu’on est dans une salle de jazz et qu’en plus il est mort, donc c’est un standard...» ; ce sacré personnage joueur, taquin, mais pas que, nous emporte jusqu’à la limite des instruments. Du cuivre qui s’enflamme, à la contrebasse qui ondoie comme un ruisseau, à la batterie qui s’envole en château dans le ciel, ou aux claviers qui crachent des miaulements de chat ou du chant des sirènes, les morceaux glissent d’une facture classique à du blues groovy jusqu’à de l’urban étrange, avec des mélodies brèves entassées comme des mille feuilles. Il y a du travail là-dessous, plein de travail, de recherches, de réflexions, pas un simple et gentil jaillissement…

daoud « joue » avec tout : la musique bien sûr, les habitudes, la salle et les spectateurs, le concert, les « il faudrait que mais je m’en pète ». On joue avec lui et le résultat est éblouissant, pour lui, pour le groupe, pour la musique et pour nous.

Chacun y trouve sa place du profane, à l’érudit, du classique au fan de free, du plus jeune au plus vieux, du blasé au candide.

Bref si vous voulez vous réjouir, « kiffer grave » (c’est pas moi qui le dis, c’est lui) courrez donc vous faire remonter les bretelles et ouvrir les chakras.

Daoud ( je lui remets son D majuscule ! ) qu’est ce que c’est bon !!

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